dimanche 21 décembre 2014

Créatif collectif affectif

Ils sont auteurs-illustrateurs-dessinateurs de BD, ils s’appellent Alfred, Richard Guérineau, Régis Lejonc et ils sont (toujours aussi) Flambant neuf, une association dont l’atelier est installé à Bordeaux. Un entretien réalisé avec Alfred et Richard Guérineau 
par Olivier Desmettre in éclairages #2

Alfred a commencé en disant « Notre activité est par nature très solitaire. Aussi, après plusieurs années passées à travailler seul chez soi, c’est souvent du ras-le-bol de cette solitude que vient l’envie de se regrouper, et aujourd’hui, ce partage d’un quotidien, avec des problématiques communes, des envies, des échanges, ce sont des choses dont on ne pourrait plus se passer. Dix à douze heures par jour tout seul face à sa table à dessin, cela finit par conduire à une sorte d’enfermement
», et Richard était d’accord et il a même poursuivi « Alors, pour caricaturer un peu, quel plaisir d’aller tous les jours au bureau retrouver ses camarades ! » Régis, absent ce jour-là, ne les aurait sûrement pas contredits.
Il y a une dizaine d’années, ils étaient cinq électrons libres, réunis
un peu par hasard à Bordeaux dans un atelier dont l’incendie, en 2008, a eu plusieurs conséquences : les conduire à créer une association ; lui trouver un nom (chapeau l’artiste !) ; les séparer presque un an, le temps de retrouver un nouveau local. Aujourd’hui, deux sont partis vers d’autres horizons (Henri Meunier et Olivier Latyck, toujours membres de l’association), et le trio restant forme toujours un noyau fusionnel qui a trouvé son équilibre. Parce que, d’abord et avant tout, leur raison d’être ensemble repose sur « l’affectif, le fait de partager humainement quelque chose avec des gens qui n’ont pas les mêmes parcours, les mêmes références, mais qui peuvent s’apporter mutuellement.
Chacun de nos livres est imprégné du regard des autres, à trois on trouve une solution sur laquelle on aurait bloqué tout seul chez soi, ce qui n’aurait pas été possible si nous étions isolés et puis, bien sûr, le fait de cohabiter nous donne évidemment des envies de faire des choses ensemble » (spectacle, performance, concert dessiné, à deux ou bien à trois). Leur apprentissage, de la vie en collectivité et du fonctionnement de l’association, a eu lieu en marchant. Chaque fois ils ont préféré la manière simple, l’adaptation et l’évolution, « afin de ne pas mettre nos bras dans une usine à gaz (sic) ». Ainsi les règles de vie (le ménage, à qui le tour) et de savoir-vivre (tabac, musique, en avoir ou pas), ainsi la gestion des conflits (en dix ans, forcément) « jamais liés à des projets ou à l’argent, mais qui touchent plutôt des choses affectives, de caractère, de tempérament. Il y a eu un moment, quand déjà nous étions cinq, à partir duquel on a su que l’on ne se fâcherait plus pour des raisons fondamentales. Il s’agit alors de s’adapter à chaque situation et de trouver les moyens d’en sortir, par la discussion, le mieux possible ».

Et si, comme cela est déjà arrivé, ils décident de rentrer chez eux parce que n’arrivant plus à travailler dans l’atelier, c’est surtout dans les phases d’écriture, rendues plus compliquées dans le mouvement et le bruit. Et si, comme cela est déjà arrivé, l’un d’eux est amené à quitter un moment le nid, il n’a pas à s’inquiéter, la place lui sera gardée. Leur statut est celui de travailleur indépendant. Ils utilisent l’association pour la prise en charge du loyer et, de plus en plus, pour les projets communs. Ce qui évite une possible disparité et garantit un partage équitable. « Là encore, ce fonctionnement n’a pas été prévu, il est arrivé au cours du temps. » Sur le plan artistique, des perspectives nouvelles entraînent aujourd’hui des réflexions sur l’organisation. Leur envie de travailler sur des grands formats en peinture, avec justement la préparation d’une exposition commune (librairie bordelaise La Mauvaise Réputation, mars 2015), les oblige à repenser l’espace de travail. En ce qui concerne le collectif, ils ne cherchent pas à élargir le cercle, à la fois pour en garder le contrôle et parce qu’un nouvel arrivant obligerait à retrouver, « ce qui n’est pas évident », un nouvel équilibre. « Faire des livres, a dit Alfred, est une activité très intime et je ne me verrais pas partager seulement un bureau, justement parce que je sais que quand je fais un livre cela me met parfois dans des situations, des émotions, des états que je ne suis pas prêt à partager avec n’importe qui. » Richard était d’accord et, c’est certain, Régis ne les aurait sûrement pas contredits.

« jamais liés à des projets ou à l’argent, mais qui touchent plutôt des choses affectives, de caractère, de tempérament. Il y a eu un moment, quand déjà nous étions cinq, à partir duquel on a su que l’on ne se fâcherait plus pour des raisons fondamentales. Il s’agit alors de s’adapter à chaque situation et de trouver les moyens d’en sortir, par la discussion, le mieux possible »

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