mardi 17 janvier 2017

au Musée d'Aquitaine

Les esclaves oubliés de île de Tromelin
dans Sud ouest par Anna Maisonneuve (photo de Stéphane Lartigue)

Le musée d’Aquitaine retrace la difficile survie d’esclaves oubliés au XVIIIe siècle au milieu de l’océan Indien.
Le gouvernement vient de retirer de l’ordre du jour de l’Assemblée nationale le texte qui proposait une cogestion de cet îlot de l’océan Indien et de ses espaces maritimes avec la République de Maurice, qui le convoite

Le 1er mai 1760, « L’Utile », un navire de la Compagnie française des Indes orientales quitte Bayonne. Quelques mois plus tard, après avoir effectué des escales au port de Pasajes (Espagne), à l’île de France (actuelle île Maurice) et à Madagascar, le bateau, une flûte, s’échoue dans l’océan Indien, sur l’île Tromelin, au nord de l’île de la Réunion, dans la nuit du 31 juillet 1761. A son bord, 150 membres d’équipages et 160 esclaves malgaches achetés illégalement.
Différentes sources, y compris une BD, retracent la vie des esclaves. Les tortues de l’île leur ont fourni de la nourriture et des matériaux pour des constructions de fortune.

Parqués dans la cale du navire, dont on avait pris soin de clouer les panneaux par crainte des révoltes, la moitié d’entre eux périra pendant le naufrage. Les rescapés cohabitent deux mois sur ce lopin de terre minuscule, situé à 450 kilomètres à l’est de Madagascar, le temps de fabriquer une embarcation de fortune sur laquelle s’entasse l’ensemble de l’équipage à l’exception des esclaves. On leur laisse quelques vivres et la promesse de revenir bientôt les chercher. Engagement qui sera honoré… 15 ans plus tard. Des 80 Malgaches échoués sur l’île, il ne restera que sept femmes et un bébé de huit mois.

« Tout ce qui concerne la Compagnie des Indes et le naufrage est très bien connu par les sources historiques, mais à partir du moment où les Français quittent l’île en abandonnant les esclaves, il n’y a plus d’information. C’est l’archéologie qui prend le relais », met en évidence Thomas Romon. Avec son confrère Max Guérout (commandant, archéologue et président du Groupe de recherche en archéologie navale), il a mené quatre missions entre 2006 et 2013 afin de comprendre les conditions de vie de ces naufragés sur cette portion terrestre au surnom évocateur de « carrefour cyclonique ».
Surmonter des tabous

De fait, il n’y a rien de paradisiaque sur cet espace d’un kilomètre carré : pas d’arbres ni de végétaux, à l’exception de quelques arbustes régulièrement balayés par les vents violents, mais du sable et des blocs de corail à foison. Quand le chevalier de Tromelin, commandant de la corvette « La Dauphine » vient secourir la poignée de survivants, les femmes, vêtues de plumes d’oiseaux tissés, racontent que les esclaves ont attendu en vain pendant un an, avant que 18 d’entre eux ne décident de partir à bord d’un radeau. Ceux qui restaient, une quinzaine (les archéologues pensent que les plus faibles psychologiquement et physiquement sont décédés assez rapidement) se partageront cet étrange îlot perdu au milieu de nulle part.

Des fouilles terrestres et sous-marines ont permis d’étoffer ce récit lacunaire. L’essentiel de la nourriture est venu de tortues et de petits oiseaux. Les recherches ont aussi mis à jour des éléments très surprenants. « Cette petite société a été obligée de surmonter ses tabous et ses interdits. Elle a construit des habitats en pierre à une époque où leur culture interdisait de tels aménagements réservés essentiellement aux tombeaux », soulignent Max Guérout et Thomas Romon.

Pour connaître la suite, précipitez-vous sur cette passionnante exposition. L’histoire, l’archéologie et même la bande dessinée retracent le récit muet d’une détresse compensée par un véritable génie contre l’abandon et pour faire face à un environnement des plus hostiles.

« Tromelin – L’île des esclaves oubliés », visible du 13 décembre jusqu’au 30 avril au musée d’Aquitaine. Ouvert du mardi au dimanche de 11 à 18 heures sauf jours fériés. 3,50 et 6,50 €. 05 56 01 51 00.

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